Dossier
AVOIR RECOURS AU TESTAMENT
Organiser de son vivant la
transmission de ses biens permet à la fois d’en
minimiser le coût et d’éviter les
problèmes de partage ou de gestion des biens
en indivision. Répondent à ces critères
aussi bien les donations, les dons manuels que l’adhésion
à un contrat d’assurance vie. Le testament
reste lui aussi un bon moyen pour prévoir la
répartition de son patrimoine à sa mort.
Comprises dans le testament, les dernières
volontés du défunt ne seront connues qu’à
son décès. Aussi, la liberté laissée
au testateur est-elle grande tant du point de vue des
dispositions patrimoniales que des dispositions extra-patrimoniales.
S’il comporte en effet essentiellement des dispositions
relatives au patrimoine du défunt, le testament
peut également inclure des dispositions dites
extra-patrimoniales comme le fait par exemple de prévoir
son mode de funérailles, l’éducation
de ses enfants, le prélèvement d’organes,
ou la désignation de bénéficiaires
des contrats d’assurance vie.
Le testament permet aussi bien de désigner une
personne qui sans testament n’aurait pas été
appelée à la succession qu’à
l’inverse, exclure une personne qui, sans ce testament,
aurait hérité. Cette liberté est
toutefois limitée en présence d’héritiers
réservataires, tels que les enfants, qui doivent
au moins recevoir la part correspondant à leur
réserve héréditaire.
A tout moment, le testateur peut révoquer son
testament. La révocation peut être expresse,
c'est-à-dire exprimée de façon
explicite, ou tacite par exemple par la vente du bien
légué.
Pour être valable, le testament
doit respecter un certain formalisme :
- Il doit nécessairement être rédigé
par écrit : un testament purement oral, même
en présence de témoin, est frappé
de nullité.
- Il ne doit pas être conjonctif, c'est-à-dire
rédigé par 2 ou plusieurs personnes dans
un seul et même acte.
Le testament peut revêtir différentes
formes :
Le testament olographe
Il est écrit, daté et
signé de la main du testateur. L’absence
de l’un de ces 3 éléments entraîne
la nullité du testament.
S’il doit impérativement être écrit,
en entier, de la main même du testateur, peu importe
en revanche le type de support (papier, bois, écriture
sur un mur…) ou l’instrument utilisé
(stylo, crayon, charbon, craie…).
Il doit être signé en fin de texte ; la
simple mention dans le corps du texte est insuffisante.
Le testament authentique
Le testament authentique est reçu
par 2 notaires ou par un seul notaire mais en présence
de 2 témoins. Il est dicté au notaire
rédacteur qui l’écrit de sa propre
main et conseille le testateur. Le notaire rédacteur
devra alors relire l’intégralité
du testament qui devra être signé du testateur,
des deux témoins (ou du second notaire) et du
notaire rédacteur.
L‘aide du notaire permettra d’éviter
toute erreur de forme et le testament pourra difficilement
être remis en question. Cette opération
a cependant l’inconvénient d’entraîner
des frais d’honoraires non négligeables.
Le testament mystique
Le testament mystique a l’avantage
de garder les dernières volontés du testateur
secrètes ; il est cependant soumis à des
formalités nombreuses et contraignantes qui le
rende de fait très peu utilisé.
S’il permet de résoudre des situations
parfois complexes, le testament doit résulter
d’une mûre réflexion accompagnée
des conseils d’un professionnel, tel que le notaire,
qui vous aidera à éviter toute erreur
à la fois sur la forme et sur le fond. A défaut
de ces précautions, le testament risque d’ajouter
des sources de conflit à des situations déjà
difficiles.
Les cas pratiques ci-dessous donnent des exemples de
situations dans lesquelles il est nécessaire
de réduire les legs afin que la réserve
héréditaire des enfants soit respectée,
ce qui pose notamment le problème de l’évaluation
des biens.
Cas pratique :
Nous l’avons évoqué
plus haut, certains héritiers, appelés
héritiers réservataires, doivent obligatoirement
recevoir une certaine partie de la succession appelée
réserve héréditaire. L’autre
partie correspond à la quotité disponible
et peut être librement donnée ou léguée.
La réserve héréditaire se calcule
au moment du décès en déduisant
les dettes des biens que le défunt laisse et
en ajoutant l’ensemble des donations. Seuls les
présents d’usage ne sont pas pris en compte
dans ce calcul.
Quels sont les héritiers
réservataires ?
Les descendants
à défaut, les ascendants
à défaut, le conjoint
survivant
A combien s’élève
la réserve héréditaire ?
Héritier(s)
réservataire(s) |
Réserve
héréditaire globale |
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A défaut de descendant,
2 ascendants
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A défaut descendant,
1 ascendant
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A défaut de descendant
et d’ascendant, le conjoint survivant |
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S’il y atteinte à la réserve
héréditaire, ce sont les legs qui seront
réduits en premier, avant les donations. En présence
de plusieurs legs, ils seront réduits proportionnellement
à leur montant.
Exemple 1 :
Monsieur Lebon est divorcé avec 2 enfants. Deux
ans avant sa mort, il a donné à sa compagne
un appartement évalué à l’époque
à 150 000 € mais qui vaut au jour du décès
190 000 €. Par testament, Monsieur Lebon a légué
50 000 € à une association de lutte contre
le cancer.
La masse des biens au jour du décès s’élève
à 500 000 €. Il avait par ailleurs contracté
un prêt dont le capital restant dû s’élève
au jour du décès à 30 000 €.
Calcul de la réserve héréditaire
:
Biens à prendre en compte : 500 000 €
Prêt - 30 000 €
Actif net de succession = 470 000 €
Donations + 190 000 €
= 660 000 €
Réserve héréditaire
en présence de 2 enfants = 2/3 soit dans notre
cas 440 000 €,
soit 220 000 € pour chaque enfant.
Les enfants recevront leur part de réserve héréditaire
de 440 000 € et le legs destiné à
l’association de lutte contre le cancer devra
pour ce faire être réduit de 20 000 €.
L’association ne recevra plus que 30 000 €
au titre du legs.
Exemple 2 :
Le défunt laisse une masse de biens à
son décès de 12 000 000 €. Il avait
3 enfants.
Il a désigné 3 légataires à
titre particulier, Estelle, Pascal et Arthur à
qui il a légué respectivement 500 000
€, 1 500 000 € et 3 000 000 €.
La réserve héréditaire globale
s’élève aux ¾ de la succession
soit 9 000 000 €, c'est-à-dire 3 000 000
€ par enfant, et la quotité disponible à
3 000 000 €.
La somme des legs s’élève à
5 000 000 €. Comme elle excède la quotité
disponible de
2 000 000 € et entame de ce fait la réserve
héréditaire des enfants les legs vont
être réduits d’autant.
Estelle recevra 500 000 x 3/5 = 300 000 €
Pascal recevra 1 500 000 x 3/5 = 900 000 €
Arthur recevra 3 000 000 x 3/5 = 1 800 000 €
Pour vérification, la somme des
legs est bien égale à la quotité
disponible soit 3 000 000 €.
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