Dossier
LA REFORME DES SUCCESSIONS ENFIN
VOTEE…
Annoncée depuis plus d’un
an, la réforme du droit des successions et des
libéralités a été définitivement
votée le 23 juin 2006. Elle complète la
loi du 3 décembre 2001 relative aux droits du
conjoint survivant et qui portait seulement sur des
points particuliers du droit successoral.
La réforme vise à adapter
notre droit, presque inchangé depuis 1804, aux
évolutions de notre société tant
du point de vue économique, démographique
que social (allongement de l’espérance
de vie, familles recomposées…). Elle poursuit
un triple objectif : donner plus de liberté pour
organiser sa succession, faciliter la gestion du patrimoine
successoral, accélérer et simplifier le
règlement des successions.
Nous reprenons quelques dispositions utiles à
celui qui veut optimiser la transmission de son patrimoine
:
Favoriser les transmissions
transgénérationnelles.
Conséquence de l’allongement
de la vie, on hérite de plus en plus tard, à
un âge où on n’en a plus vraiment
besoin. Aussi, la loi entend favoriser les transmissions
aux petits-enfants tant au moment du décès
que par le biais des donations.
Renoncer au profit de ses
enfants.
Aujourd’hui, renoncer à une
succession est synonyme de ne plus exister du tout dans
la succession : en ligne directe par exemple, ce sont
les autres héritiers qui voient leur part augmenter
et non ses propres descendants. La réforme entend
remédier à cette situation en autorisant
les petits-enfants à hériter à
la place de l’enfant renonçant ou, dans
le cadre d’une succession dévolue aux frères
et sœurs, aux neveux/nièces à la
place de leur parent renonçant.
Ainsi, dans une succession entre un père et ses
deux filles Céline et Virginie, si Virginie renonce,
ce sont ses propres enfants qui hériteront de
sa part.
Elargir les donations-partages
aux petits-enfants.
La donation-partage permet de son vivant de réaliser
la distribution et le partage de ses biens. Jusqu’à
présent, la donation-partage ne pouvait concerner
que les enfants ou les petits-enfants lorsque leur propre
parent était prédécédé.
Désormais les petits-enfants pourront participer
à une donation-partage effectuée par leurs
grands-parents. Il sera cependant nécessaire
d’obtenir l’accord de l’enfant de
la génération intermédiaire entre
le petit-enfant et le grand-parent.
Faciliter la gestion de la
succession.
Suite à un décès,
les héritiers doivent faire face dans la douleur
à de nombreuses démarches et gérer
un nouveau patrimoine avec l’accord de tous. Pour
les aider, la loi entend favoriser le recours à
un mandataire et simplifier la gestion de l’indivision.
Création du mandat
posthume.
Le futur défunt peut, de son vivant, désigner
un mandataire qui gérera, à son décès,
toute ou partie de sa succession. Portant de fait atteinte
aux droits des héritiers, il doit être
justifié par un intérêt légitime
et sérieux. Sa durée est également
limitée à deux ans.
Le recours à ce mandat sera particulièrement
conseillé lorsque des biens professionnels doivent
être gérés et que les héritiers
n’en sont pas capables en raison de leur âge
ou de leur inaptitude. Dans ces conditions, la durée
du mandat peut aller jusqu’à cinq ans.
Assouplissement des règles
de gestion de l’indivision.
Qu’il s’agisse de gérer les biens
ou d’en disposer, la règle de l’unanimité
était requise pour tous les actes effectués
par une indivision. Désormais, on distingue les
actes de disposition qui requièrent toujours
l’unanimité des actes d’administration
pour lesquels une simple majorité des 2/3 suffit.
Maintenir un bien dans le patrimoine
familial.
Le souhait de conserver un bien particulier
dans une famille est légitime mais s’accommode
mal de situations conflictuelles ou tout simplement
de familles recomposées.
Jusqu’à présent, il était
possible de prévoir par testament la transmission
successive d’un bien à deux personnes :
au décès du testateur, le bien est légué
à une première personne pour revenir,
s’il existe encore, à une deuxième
personne au décès de la première.
Cette possibilité, offerte aujourd’hui
dans le seul cadre du legs, sera demain étendue
aux donations - on parle de donation résiduelle
-.
Dans les deux cas, donations ou legs, le premier bénéficiaire
peut disposer librement du bien : il peut le vendre
ou le donner. Il ne peut en revanche le léguer
puisqu’à son décès le bien
sera transmis au deuxième bénéficiaire
désigné.
Autre nouveauté, la réforme laisse la
liberté au testateur d’interdire la vente
du bien légué. Le schéma reste
le même que précédemment à
la différence que le premier bénéficiaire
ne pourra ni donner ni vendre le bien. On parle de donation
graduelle.
Ces montages peuvent être utilement utilisés
par des couples mariés en présence d’enfants
de différents lits. On peut en effet vouloir
protéger le conjoint survivant en lui assurant
la transmission d’un bien tout en souhaitant qu’au
final, le bien retourne à ses propres enfants
et non aux enfants de son conjoint.
La réforme des successions
entrera en vigueur le 1er janvier 2007 et s’appliquera
aux successions ouvertes à compter de cette date
ainsi qu’aux successions non encore partagées
pour les dispositions relatives au partage.
Ce très rapide aperçu laisse envisager
de nouvelles et nombreuses perspectives d’anticipation
et d’organisation de succession. Toutefois, seules
les années nous diront si ce texte répond
bien aux attentes formulées tant par les professionnels
que par les non initiés.
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